Exclu : Le gros mensonge d’Uber fâche Pascal Smet.

IMG_0507Pascal Smet a remonté les bretelles de Filip Nuytemans, le représentant d’Uber à Bruxelles. Ce dernier a en effet été un pont trop loin, hier, dans La Libre, en impliquant le ministre dans son raisonnement, laissant penser que celui-ci avait passé un accord avec Uber pour une pratique qui a tous les aspects de l’illégalité.

Hier, je vous racontais que le « patron d’Uber Belgique » avait affirmé que « le ministre Pascal Smet [avait] donné son accord » au principe que les chauffeurs de « voitures louées avec chauffeurs » pouvaient, avec un simple contrat de plus de trois heures, rouler à volonté pour Uber X.

Or, le principe de la location de voiture avec chauffeur (ou LVC, concept règlementé à Bruxelles, souvent en limousine) implique notamment qu’elle ne peut ni stationner sur la voie publique, ni même rouler hors service (elle doit donc être dans un garage tant qu’un client ne l’a pas appelée et ne peux apparemment pas servir à des fins personnelles, par exemple.) Elle ne peut être commandée que pour un minimum de 3 heures à 30 € l’heure. Elle doit offrir un minimum de luxe particulier (on m’a parlé d’un véhicule valant au moins 40.000 €). Et, pour toute location, un contrat doit être signé au préalable, qui ne peut être réglé qu’après réception de la facture au domicile ou au bureau du client. Sans compter les autorisations nécessaires de l’entreprise qui offre ce service.

Le principe est donc clairement que chaque client (usager, donc) doit utiliser la voiture pendant au moins trois heures, ou du moins régler au moins 90 €. Cela exclut de toute évidence une course isolée à 15 €, par exemple.

Dans la réalité, les services de limousine (parce qu’il s’agit donc bien d’un service de luxe complémentaire, non-concurrent des taxis) sont autorisés à saucissonner les 3 heures et, par exemple, à faire plusieurs courses pour un même client, à des moments différents, pourvu qu’on ait 3 heures au total et, bien sûr, en principe, un minimum de 90 €. Mais les forfaits (chers) entre gares bruxelloises et hôtels, ou vers l’aéroport sont tolérés. On parle tout de même d’une quarantaine d’euros pour aller du Midi au Métropole, par exemple.

Comme toujours, Uber interprète la loi et les règles selon son propre code, dont l’article un est « quoique dise la loi, nous sommes au-dessus », l’article deux « payons nos avocats très cher pour justifier nos contournements de la loi », l’article trois « et quand nous serons condamnés, comme nous sommes à la fois techno, bobo et babacool, nous convaincrons le public que c’est la loi qui est mal faite, puisqu’elle n’est pas adaptée à Uber ».

Par exemple en lançant une pétition « populaire », pour laquelle Uber a un système standard, déjà utilisé à Londres, Amsterdam, Genève ou Bruxelles, sans vérification de l’email, ni du nom du signataire. J’ai ainsi pu signer la pétition Uber à Bruxelles sous le nom de Jean Valjean ou d’Astérix Obelix, avec des adresses fantaisistes, ou au nom de Pipi Caca, en France, avec un code postal à… six chiffres. (Voir les exemples au bas de l’article). Bref, le concept même de la World Company qui dicte ses lois soi-disant libérales aux politiciens en prétendant représenter la population sans présenter la moindre preuve réelle de cette représentation. Une des méthodes Uber pour tordre le bras aux politiciens en prenant les « usagers » à témoin.

Au passage, Uber revendique 50.000 utilisateurs. En 2014, elle payait 10.000 euros d’impôts. Mettons qu’il n’y avait que 20.000 utilisateurs à ce moment-là, ça nous ferait une moyenne de 0,5 par utilisateur, sachant qu’on ose imaginer que certains d’entre eux sont assez réguliers (j’en connais qui uberisent tous les jours). Voilà.

Uber détourne donc à nouveau le service prévu par l’ordonnance, mais en plus, elle met ça sur le dos du ministre ! Suite à mon article d’hier, le ministère a réagi rapidement, en m’affirmant que « rien [n’a été] autorisé, Uber n’a pas demandé l’autorisation pour commencer à exercer [en tant qu’] Uber X ». Pascal Smet a donc bien été mis devant le fait accompli et le fait qu’Uber utilise son nom pour se justifier l’a apparemment bien énervé. « Nous avons dit à Nuytemans notre façon de penser » m’a-t-on expliqué.

Et donc, Uber a bien décidé de son propre chef qu’Uber X était légal, se basant sur une certaine souplesse dans l’interprétation du règlement imposé aux voitures avec chauffeurs, avec l’accord des ministres successifs. Ces derniers ont alors pris soin de s’assurer que ces services ne concurrençaient pas déloyalement le secteur des taxis, conformément au droit qui, ben oui, interdit la concurrence déloyale.

Alors, pourquoi le ministère n’agit-il pas ? Eh bien, d’abord parce que l’ordonnance bruxelloise de 1995 (très vieillotte, elle a quand même vingt ans — et non dix comme j’avais écrit d’abord ! Une éternité pour un service qui n’en a que 250 ; les fiacres à la base !) est rédigée de manière assez vague, et ne dit pas, par exemple, que les 3 heures consécutives doivent impérativement concerner un seul client final. Ça tombe sous le sens, me direz-vous, mais dans le procès qui a mené à l’interdiction d’UberPop, Uber a contesté ce genre d’évidences. Le juge ne l’a pas suivi.

L’esprit de l’ordonnance est bien évidemment que c’est l’utilisateur final ou la société qui le représente qui doit consommer trois heures minimum, et non un intermédiaire comme Uber. Pascal Smet reconnaît d’ailleurs dans un communiqué de presse qu’ « Il est clair que le service Uber X ne correspond pas à l’esprit initial de la loi de 1995 qui entend distinguer les services de location de véhicules avec chauffeur des services de taxi.»

Mais le ministère n’ose pas aller plus loin « Il n’est toutefois pas clair si le service va également à l’encontre du texte de la loi, le fonctionnement du service pouvant être interprété de telle manière que toutes les conditions officielles sont remplies. » Ceci est faux. Au moins trois conditions ne sont pas remplies : l’envoi de facture après le travail, le minimum de 90 € sur une période de trois heures et le fait que les véhicules ne peuvent circuler que lorsqu’ils sont en service commandé.

À nouveau, Pascal Smet se retranche derrière le fait qu’effectivement, la Région bruxelloise a assoupli les règles de facto, notamment en permettant le travail au forfait pour certains trajets donnés (Gare du Midi/Eurostar/Thalys jusqu’au centre-ville ; Bruxelles – Aéroport(s)) mais dans ce cas, les tarifs sont toujours supérieurs ou très supérieurs à ceux des taxis (de 50 à 80 €) et la réservation se fait clairement à l’avance. En théorie, ces services devraient donc être réservés aux personnes morales ou physiques qui commandent au minimum 90 €, ou alors un trajet très cher en ville.

Uber X ne rentre donc pas dans ce moule, ni même dans la tolérance régionale, puisqu’il offre des trajets dans tous les sens, à partir de n’importe où à Bruxelles jusqu’à n’importe où, avec des voitures qui circulent en attendant le chaland, qui payera un minimum de 5 € (clairement illégal pour un service LVC), un prix de base de 1 € (clairement illégal pour un LVC), un prix au kilomètre de 1,25 € (clairement illégal pour un LVC) et un prix horaire de 0,25 € par minute, soit 15 € de l’heure (clairement illégal pour un LVC, facturé minimum 30 € de l’heure).

Le « truc » d’Uber est gros comme une maison. L’entreprise fait comme si elle était le client du chauffeur LVC. Admettons. Mais dans ce cas, le contrat du chauffeur à Uber doit  être d’au moins 3 heures à 30 € par heure (et les heures consécutives au même prix), à quoi l’on doit ajouter la marge Uber, de 20 à 30% du prix. Bref, Uber devrait dans ce cas acheter le service Uber X au moins le double de ce que la société le vend ! Ce que l’entreprise de Kalanick ne fait évidemment pas. Uber X n’est donc pas un service de LVC et ce qu’elle « commande » à ses chauffeurs, non plus.

De ce fait, la décision du tribunal que j’avais évoquée il y a trois semaines s’applique (puisqu’elle s’applique à l’appli UberPop qui est la même que celle d’UberX) dès lors qu’Uber X offre en réalité un service de taxi et qu’il y a le constat de concurrence déloyale. Car même si les chauffeurs Uber X disposent de l’autorisation de fonctionner en LVC, ce n’est pas ce type de service pour lequel Uber transmet la demande de l’usager au professionnel, mais pour un service de taxi. Et pour rappel, Uber a été condamnée pour avoir transmis « des demandes pour des trajets rémunérés(2) dans la Région Bruxelles Capitale à des transporteurs qui ne disposent pas des autorisations [nécessaires] pour les services de taxi et [ou] de location de voitures avec chauffeurs ». Ceci doit évidemment être compris dans le sens du service offert : si Uber X est un service de taxi, les demandes de trajets ne peuvent être transmis qu’à des opérateurs de taxi dûment licenciés.

Alors, je ne dis pas qu’on peut de facto imposer l’astreinte prévue, dès lors qu’il manque dans le jugement une petite précision et qu’Uber joue sur chaque mot. Mais il me semble que si Uber interprète si gaiement la législation, le gouvernement bruxellois devrait pouvoir, à son tour, étendre le jugement obtenu par les radios taxis à Uber X.

Tous ces détails semblent avoir échappé au ministère de Pascal Smet qui se retranche derrière « l’interprétation juridique ». Comme je l’ai écrit dans mon papier d’hier, si les éléments ci-dessus ne suffisent pas au ministère, il reste aux taxis à tous suivre l’exemple d’Uber et à laisser conduire des chauffeurs dotés de la simple licence « voiture avec chauffeur », à remplacer les taximètres par l’appli eCab par exemple, et à offrir des prix encore plus bas que l’Américain. C’est possible, à condition de strontcher les chauffeurs comme la société de Kalanick le fait (à Paris, ils sont en train de constituer un syndicat tant leur situation devient précaire), et de prendre moins de 20% sur les courses, la perception minimale d’Uber.

Pour ma part, j’envisage de sortir mes poubelles n’importe quel jour de la semaine au prétexte que rien ne précise dans la loi que l’on ne peut pas sortir trois poubelles de couleurs différentes tous les jours. Ben oui, c’est pas écrit exactement comme ça. Ou je vais prendre les sens uniques le samedi en affirmant que rien ne précise que ce jour-là en particulier, c’est interdit. Ah ben non, la loi ne précise pas « le samedi ». Allons, soyons créatifs avec la législation ! Soyons Uber ! Interprétons les réglements ! On va bien s’amuser !

Cela étant dit, l’innaction de Pascal Smet (on pourrait évidemment faire saisir les véhicules en infraction par rapport à la règlementation LVC, comme ce fut le cas pour les UberPop) est probablement liée à sa Geek-attitude ou plutôt à l’image moderne qu’il veut se donner. Le ministre ne veut apparemment pas être celui qui aura bouté Uber hors de Bruxelles. Il a ses électeurs BOBO qui aiment bien Uber et croient aux mirifiques promesses de l’entreprise sur la mobilité, l’emploi ou le soi-disant « revenu complémentaire ». Du coup, l’entreprise peut bien violer l’esprit et la lettre de l’ordonnance bruxelloise, casser tous les marchés, inciter à frauder, et désormais mentir comme un arracheur de dents en prétendant que le ministre de la Mobilité bruxellois l’a autorisée à jouer avec la législation. Ça ne suffit pas à ce que notre sympathique ministre socialiste tire les conclusions qui doivent l’être. Au contraire, il réserve, m’a t-on murmuré, une petite place pour Uber dans le « nouveau cadre juridique général moderne pour toutes les formes de transport rémunéré de personnes dans la Région » dont il rappelle, dans son communiqué de presse, la « nécessité ». C’est probablement le sens de son inénarrable slogan électoral : « On doit repartir de l’avant ! ». Ah ben c’est sûr que de l’arrière, c’est plus difficile…

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Et dire que j’ai failli signer Cosette…

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Uberix et les invincibles Gaulois.

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Pas de problème pour Uber, vous retrouvez Obelix A et Jean V dans la liste des « signataires ».

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Même la vulgarité, les adresses email en Nouvelle-Zélande ou les codes postaux trop longs ne posent pas de problème à Uber !

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Pipi est bien dans la liste de soutien !


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Catégories :Belgique, Bruxelles, Société

20 réponses

  1. Tout uste comme toujours mais… si ce n’est pas cette fois-ci ça reviendra et si ce n’est Uber ce sera Lyft ou un autre.

    Le problème ce sont les consommateurs (j’en suis) qui veulent plus pour moins: l’app d’UBER est le top pour l’instant et les prix aussi (tant qu’il y aura de la concurrence)…

    Mais AirB&B et autres ont tracé la voie.

    Oui on détricote des aquis, mais d’ailleurs qui se souvient que tous les ascensceurs avaient des « liftiers » ? Ils ont aussi combattu et resisté mais ne sont plus là.

    https://news.google.com/newspapers?nid=1817&dat=19450924&id=I-4-AAAAIBAJ&sjid=HE0MAAAAIBAJ&pg=4761,2420304&hl=fr

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  2. Oui vous avez raison de critiquer les abus et votre analyse est intéressante.

    Vous écrivez:
    « Soyons Uber!
    Interprétons les réglements! »

    c’est toutefois peut-être un peu facile cet argument cependant car tout le monde interprète les réglements.

    VW, les banques, la FIFA, etc..

    je vais vous donner un exemple:

    http://www.aoste.fr/decouvrez-aoste/histoire-dune-passion/un-savoir-faire-unique.html

    cette boite française n’a rien a voir avec le jambon d’Aoste en Italie!!!!!

    ELLE INTERPRETE LA LOI parce qu’un village s’appelle aussi Aoste en France!!!

    donc soyons (libéral) nietszchéen (ou machiavélique) càd n’importe quelle boîte, ment par omission finalement, puisque le lobby c’est interpréter par delà le bien ou le mal…

    c’est le côté « défense à la carte » qui me dérange

    parlons alors des travailleurs journaliers polonais sous-payés dans les exploitations agricoles ou dans le bâtiment, plutôt!

    Je n’ouble pas qu’Uccle veut être bien servi en taxis disponibles (car pas accessibles pour tous suite au prix luxueux).

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  3. Pour votre Erratum :

    « …Alors, pourquoi le ministère n’agit-il pas ? Eh bien, d’abord parce que l’ordonnance bruxelloise de 1995 (très vieillotte, elle a quand même dix ans ! … »

    Corrigez moi si je me trompe mais je pense qu’il y a plus que 10 ans entre 1995 et 2015, cela doit plutôt faire 20 ans non ?

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  4. Je remarque que sous couvert de protestation vous soutenez la pétition d’UBER lol

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  5. Pète et Répète sont dans un bateau.
    Pète tombe à l’eau. Qui reste dans le bateau ? Répète
    Pète et Répète sont dans un bateau. Pète tombe a l’eau. Qui reste dans le bateau ? Répète
    Pète et Répète sont dans un bateau. Pète tombe a l’eau. Qui reste dans le bateau ? Répète

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  6. Quand Marcel s’essaie au droit, c’est l’interprétation extensive de la loi (pénale) qui prévaut apparemment… c’est la dictature ça Marcel! Tout ce qui n’est pas expressément interdit est permis : c’est un principe de droit pénal bien connu (et l’ordonnance taxi est sanctionnée… pénalement!).

    Mais il est vrai qu’Uber commet probablement des infractions à cette ordonnance… seulement, pas (toutes) celles que vous relevez, à mon avis.

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  7. De toutes façons, il y a clairement un problème entre la nouvelle technologie et certaines réglementations désuètes. Et ce sont des problèmes qui sont fréquents dès qu’on parle de secteurs dits protégés…
    Le Législateur n’est pas un être infaillible et la loi n’est pas sainteté.
    Ce genre de conflit va très certainement augmenter avec le temps.
    Qu’est-ce qu’on fait ? On bloque tout, on interdit tout de façon bornée à ce qui contrevient aux règles ? On se bat contre vents et marées ? Et pour quelle finalité ?
    Uber n’est certes pas loyal, mais au moins, ils mettent ces problèmes sous le feu des projecteurs. Et c’est peut-être ça qui gène…

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  8. Bonjour Marcel,

    Je suis souvent d’accord avec toi mais là pour Uber je ne peux qu’être contre 😉

    Pour moi Uber (ou autre) n’a fait qu’une chose, permettre a des gens (a condition de déclarer cela bien sure) d’arrondir leur fin de mois et a d’autres (comme moi) d’aller a l’aéroport a un prix démocratique.
    J’ai pris UNE seul fois un taxi pour aller à l’aéroport de zaventem et je me souviens de la note.
    33€ pour faire Auderghem – Zaventem, a vol d’oiseau même pas 15km, 13mn pour y arriver (à l’heure ou je l’ai pris, aucun embouteillage) et 33€ à l’arrivé avec un service plus que médiocre et en plus un chauffeur pas content que je ne laisse pas de pourboire (en plus).

    Pour info, je prenais un vol pour Barcelone (1350km) de Vueling que j’ai payé ….. 45€

    Comparer cela
    Auderghem – Zaventem – 15km – 33€
    Bruxelles – Barcelone – 1350km – 45€

    Bref, on peux me dire ce qu’on veut, je regrette beaucoup Uber déjà et moi j’ai signé la pétition réellement.

    Contrairement à ce que peuvent dire les taximen, la plupart des gens qui prenait un Uber, ne prenais jamais ou presque un taxi pour cause essentiellement de prix.
    C’est dommage, je connais beaucoup de jeunes qui prenait Uber le soir et qui aujourd’hui reprenne leurs voitures avec le risque qui va avec quand on sort et boit.

    Au moins à Paris les Taxis se réveillent au niveau service et prix, a Bruxelles ils ont juste envie de garder les gateau pour eux.

    Tu peux parler avec tous les utilisateurs d’Uber, tous, sans exception, le regrette et tous ne sont pas des « bobos » mais simplement des gens qui cherche un service à prix démocratique.

    Patrick

    ps: je confirme n’être ni de loin ni de prés associé à Uber et d’ailleurs si un autre service se lance, je suis le premier a l’utiliser.

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  9. Marcel,

    Généralement je suis d’accord avec toi et je trouve tes propos toujours très pertinents. Malheureusement, sur le dossier Uber, je constate à chaque fois que tu t’acharnes à défendre les taxis et une législation vraiment critiquable que le gouvernement n’arrive pas à modifier sous la pression du lobby des taxis. Dommage que tu relayes sans discernement ce point de vue.

    Bruxelles est la deuxième ville la plus embouteillée d’Europe. La voiture à la demande était un levier extraordinaire pour changer le rapport à la voiture qu’ont les Bruxellois. Qui utilise Uber ? Principalement des jeunes, des gens sans voitures (par conviction écologistes), des femmes (qui s’y sentent plus en sécurité). Bref, un tas de Bruxellois qui y trouvaient leur compte.

    Je me permets de partager mon expérience, surtout en réponse aux gens qui me disaient (t’as qu’à prendre cambio), et j’espère sincèrement qu’elle t’amèneras à progresser dans ta réflexion.

    Faire ses courses chez Colruyt en limousine
    ——————————————————
    A partir d’aujourd’hui, je ferai mes courses chez Colruyt en limousine.

    Pour comprendre comment j’en suis arrivée là, voici un exemple d’emploi du temps d’une mère d’un jeune enfant.

    Cas d’école : travail près de Madou, courses au Colruyt d’Auderghem après le boulot, puis retour à la maison à Saint-Gilles.

    La première contrainte est d’utiliser les transports en commun parce qu’on est écolo et qu’on n’a pas de voiture. La deuxième contrainte est que Colruyt ne livre pas à domicile en dehors des heures de bureau et qu’il faut aller chercher les courses sur place. La troisième contrainte est qu’il faut récupérer son enfant avant la fermeture de la garderie.

    Option CAMBIO.
    Trajet boulot – station cambio près du domicile à Saint-Gilles : 17 minutes en métro avec un changement à la gare du midi. Ensuite trajet en voiture de Saint-Gilles à Auderghem (4,5 km, 20 minutes – nous sommes en heure de pointe). Immobilisation de la voiture cambio sur le parking du Colruyt pendant 1h. Puis retour Auderghem-Saint-Gilles (4,5 km, 20 minutes – c’est toujours l’heure de pointe). Déchargement des courses en double-file, seule. Puis conduite de la voiture cambio jusqu’à son emplacement (5 minutes) et retour à pied à la maison (7 minutes).
    Bilan :
    – durée totale des courses : 129 minutes
    – distance parcourue en voiture : 9 km
    – immobilisation d’une voiture sur un parking : 1h
    – coût total (en plus de l’abonnement STIB) : 7 euros
    – dilemme de la journée : faut-il mettre ses surgelés dans le congélateur avant ou après avoir ramené la voiture cambio à son emplacement ?

    Option UberPop.
    Trajet boulot – Colruyt en métro : 20 minutes. Courses pendant une heure. Dans la file à la caisse, on sort son smartphone, on lance l’application Uber, on regarde à combien de temps se trouve la voiture à la demande la plus proche. On la commande d’un clic avant ou après le payement à la caisse, selon le temps de trajet nécessaire pour qu’elle arrive. Synchronisation parfaite entre le caddie et la voiture à l’entrée du magasin. Aide du chauffeur pour embarquer les courses dans le coffre, puis discussion tranquille avec le chauffeur (en général très charmant) sans se soucier du stress de la circulation en heure de pointe. Trajet Auderghem-Saint-Gilles : 4,5km en 20 minutes. Déchargement des courses avec l’aide du chauffeur. Pas de dilemme concernant les surgelés, il suffit de remercier le chauffeur et lui dire au revoir quand toutes les courses sont à la maison.
    Bilan :
    – durée totale des courses : 100 minutes (gain d’1/2h)
    – distance parcourue en voiture : 4,5 km (la moitié de cambio)
    – immobilisation d’une voiture sur un parking : aucune
    – coût total (en plus de l’abonnement STIB) : 7 euros (comme cambio)

    La voiture à la demande est donc plus écologique (2x moins de trajets en voiture, pas besoin de parking), plus rapide (pas besoin de trajets supplémentaires pour aller chercher la voiture à son emplacement) et beaucoup moins fatigante pour une mère d’un jeune enfant déjà confrontée à la double journée.

    Mais voilà, le service de voiture à la demande n’est plus autorisé que pour les voitures de plus de 40.000 euros, avec une licence de 90.000 euros pour que le chauffeur ait l’autorisation de me conduire. C’est la loi à Bruxelles, défendue avec acharnement par le PS au nom des valeurs de gauche. Si, si. Transporter mes cartons de lait et mes bidons de lessive-liquide se fera donc en limousine plus polluante, avec chauffeur en cravate, et à 14 euros la course. Puisqu’on vous dit qu’on est de gauche…

    C’est pas grave, je ne suis pas si pauvre (même si je suis de gauche), j’ai les moyens de me payer cette limousine pour faire mes courses chez Colruyt, vu les services que me rendent les voitures à la demande en tant que mère d’un jeune enfant.

    Je comprends néanmoins que bon nombre de jeunes mères n’aient pas cet imaginaire de la limousine, qu’elles n’aient pas les moyens d’ajouter 14 euros à leurs courses chez Colruyt, qu’elles n’aient pas pris conscience de l’intérêt de la voiture à la demande tant ce service est décrié par les pouvoirs publics. Je comprends qu’elles choisissent la solution traditionnelle : s’acheter une petite voiture, se rendre le matin au travail en voiture, puis faire leurs courses en voiture, et garer la voiture près de chez elles. Puis utiliser leur voiture pour l’ensemble de leurs déplacements, et la laisser 93% du temps à l’arrêt sur une place de parking.

    La voiture à la demande aurait été un levier extraordinaire pour se débarrasser des voitures individuelles. Les pouvoirs publics auraient pu la promouvoir en démontrant à quel point elles étaient plus avantageuses, en étant disponibles n’importe où, à tout moment. Ils auraient pu facilement expliquer qu’elles sont un complément idéal aux transports en commun, pour tout le monde, y compris pour les jeunes mères de famille à double journée, en étant la pièce manquante pour permettre les déplacements intelligents.

    Malheureusement la voiture à la demande est un service trop révolutionnaire que les pouvoirs publics s’acharnent à détruire. Qui rêve encore d’une mobilité écologique et de la disparition des voitures individuelles dans Bruxelles, la deuxième ville la plus embouteillée d’Europe ?

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    • Ce serait presque juste, sauf que pour que tout ce système Uber fonctionne, il faut payer les chauffeurs une misère et priver les taximans d’une partie de plus en plus importante de leurs revenus, pour lequel eux ou leurs patrons ont énormément investi. Pour votre confort pratique, est-ce justifiable ? Personnellement, je pense que non.

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      • Il ne s’agit pas de confort individuel. Il s’agit de changer la manière d’utiliser la voiture, il s’agit d’aller vers plus de flexibilité, il s’agit de déréguler, désadministrativer ce qui ne doit pas l’être, il s’agit de désengorger la ville la plus embouteillée d’Europe, il s’agit de permettre aux jeunes de rentrer en sécurité en fin de soirée, il s’agit de laisser la place à un service de qualité supérieure. Vous raisonnez comme ces dirigeants de Kodak qui n’ont pas vu le digital arriver, lequel digital les a rayés de la carte mais a permis un fantastique essor de la photographie, même si le photographe de quartier qui développait vos films a perdu sa raison d’être.
        Voyez les cjhoses comme ça: il y a une foule de gens qui ont besoin d’être véhiculés et il y a une foule de gens qui sont prêts à les véhiculer contre une rémunération relativement modeste (ils ont le temps, ils ont la voiture, ils ont besoin de revenus supplémentaires). Une application permet de mettre ces deux groupes en face l’un de l’autre, pour plus d’efficience globale. Seule une corporation protégée dans son monopole résiste à cette évolution pour protéger sa structure de prix bien trop chère… Combat d’arrière-garde, à mon avis.

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        • Désolé, l’ajout de véhicules (Uber ou taxis) ne désengorge rien, surtout qu’Uber retire des usagers de transports en commun. Donc, non, ce n’est pas un bon argument, la mobilité. Ni l’emploi.

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        • je pense au contraire que des solutions comme Uber poussent les gens à renoncer à la voiture, passant des transports en commun, quand c’est possible, à Uber quand il faut (transports d’enfants, de courses, horaires décalés,…). Uber rend la voiture moins nécessaire. Rendait…

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        • Ah ben, on n’a pas vu le désengorgement…

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Rétroliens

  1. Selon Uber, Pascal Smet encouragerait les courses illégales (MàJ) | UN BLOG DE SEL

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